Que se passe-t-il dans notre corps quand on est ivre ?

Et pourquoi passe-t-on notre temps à aller aux toilettes ?

Cocktails
Vous avez déjà certainement connu cette drôle de situation. Vous savez, quand vous êtes ivre après avoir bu comme un trou ? C’est drôle, on rigole, on est bien. Et puis on commence à avoir envie d’aller aux toilettes toutes les cinq minutes, on se met à faire des imitations de bruits d’animaux variés, on retourne aux toilettes… Le temps passe, l’envie de dormir s’installe. On est un peu ailleurs et des fois, on oublie carrément ce qu’on a fait. Certains pleurent et se mettent en PLS, d’autres rient aux éclats, d’autres vomissent et se promettent que c’est la dernière fois qu’ils boivent. Les symptômes de l’ivresse sont bien connus de chacun et pourtant, savez-vous vraiment ce que trafique votre corps pour en arriver là ? C’est la question qui m’a été posée hier. Et comme le sujet est carrément cool, je me suis dit qu’un petit article explicatif ferait du bien à tous ceux qui cherchent à se faire pardonner de leur foie !

 

  • Pourquoi ne peut-on pas être ivre en buvant dU jus de papaye ?

Oh, je pense que vous le pouvez si votre pote Martin vous tend un verre de soit disant jus de papaye (arrosé de tequila). Il y a plusieurs éléments chimiques qui peuvent vous rendre ivre. Celui qu’on rencontre le plus souvent dans la majorité des alcools commerciaux, c’est l’éthanol. C’est aussi celui qu’on utilise souvent dans les laboratoires d’ailleurs ! L’éthanol appartient à la famille des hydrocarbones. Cela signifie que la molécule est composée de 2 atomes de carbone, 6 d’hydrogène et un d’oxygène. Voici un petit selfie de l’éthanol ; n’est-il pas super mignon ? On dirait un pokémon. Difficile de lui résister quand on le voit, surtout quand il nous appelle à faire la fête !

Malin comme tout, notre ami l’éthanol est extrêmement bien soluble dans l’eau. Cela lui permet de se planquer dans vos cocktails et d’y barboter. Mais il fait exactement la même chose dans votre sang, comme vous n’allez pas tarder à le découvrir !

  • Super, je viens de boire mon premier verre de la soirée. Je ne sens rien du tout, je peux continuer !

Nous allons réaliser un grand voyage ensemble, aujourd’hui. J’espère que cela vous rappellera vos premiers épisodes du Bus magique (en fait, j’espère surtout que vous connaissez la référence). Notre aventure va nous plonger dans la vie de l’éthanol et de son devenir une fois qu’il sera passé de votre verre à votre bouche. En avant pour un safari festif !

La première étape n’est pas très excitante pour l’éthanol. Vous le buvez, il vous arrache éventuellement un peu la bouche et la gorge au passage, mais tout va très bien. Il descend dans votre œsophage à toute vitesse, poursuit sa course dans votre estomac puis achève de dégringoler dans votre petit intestin.

Dès lors qu’il y est installé, la vraie fête peut commencer. Considérez que vous êtes un individu ivre qui s’ignore encore ! Notons quand même que l’estomac prend en charge 20% de l’alcool ingéré… Ce qui laisse les 80% restants à la charge de vos intestins, oui oui. Si vous continuez d’enchainer les verres (et nous savons que vous le ferez, coquins), vous allez augmenter la quantité d’alcool dans votre petit intestin. Soirée piscine ! Ce qu’il faut savoir, c’est que les parois de celui-ci sont très poreuses. C’est normal, cela vous permet lorsque vous mangez de récupérer des nutriments importants à votre bon fonctionnement. Quand vous mangez tout en buvant de l’alcool, vous êtes moins enclins à être ivre. Même votre mamie vous l’a dit !

Ceci n’est pas une légende urbaine : l’alcool combiné à la nourriture (solide, j’entends, la vodka ne nourrit pas) se retrouve absorbé par ladite nourriture et est donc « compacté » dans l’intestin sans pouvoir s’enfuir. Par contre, si vous n’accompagnez pas vos shots de quelques chips, l’éthanol est en roues libres. Il est tout petit et il a super envie de faire la fête avec vous. Et comme votre intestin est très poreux, les molécules d’éthanol vont commencer un voyage bien sympathique ! Elles vont tout naturellement sortir de l’intestin par les pores de celui-ci et rejoindre la circulation sanguine. Autant dire que l’alcool est à présent sur l’autoroute de votre corps !

  • Et il va rouler jusqu’où comme ça ?

Un peu partout, c’est le côté fun de la chose. Le système circulatoire est très rapide ; à partir du moment où l’alcool est dans votre sang, il va vite atteindre ses cibles. La sensation d’ivresse se fait donc sentir peu de temps après le passage de l’éthanol au sang. Mais à ce stade précoce, la molécule alcoolique est encore fraîche et bien décidée à profiter de sa soirée. Elle n’a pas encore subi de transformation de la part de votre corps, donc elle est en pleine possession de ses moyens. Et c’est d’ailleurs ce que vous appréciez ! L’alcool se faufile partout et arrive aux poumons (bah ouais, le sang y va aussi, hein). C’est là que messieurs les gendarmes vous attendent au tournant les amis !

Effectivement, les alcootests dans lesquels vous avez peut-être déjà soufflé se moquent pas mal de la quantité de verres que vous avez bue. Vous pouvez avoir l’estomac totalement inondé de whisky, ils ne le verront pas. Ce qu’ils cherchent en revanche, ce sont toutes ces molécules d’éthanol échappées du petit intestin. Une fois dans les poumons, l’éthanol gagne aussi le système respiratoire, et plus uniquement le système circulatoire. Vous aurez donc de l’alcool dans le souffle et c’est ce que l’on mesure quand vous soufflez dans le ballon.

La vitesse d’absorption de l’alcool dépend de nombreux facteurs physiques. En moyenne, pour un taux d’alcool ingéré identique et ce sur une même période, un homme aura moins d’éthanol dans le sang qu’une femme. Les molécules qui circulent via le sang vont en effet se répartir dans les muscles (entres autres) et ainsi faire diminuer le taux d’alcool sanguin. Hélas pour nous mesdames, nous sommes corporellement moins massives que les hommes… Donc nous gardons l’alcool dans le sang plus longtemps !

  • OK, c’est bon, j’arrête de lire il faut que j’aille aux toilettes !

L’envie d’uriner est caractéristique de l’état d’ébriété (ça fait très scolaire dit comme ça, non ?). Mais c’est plutôt rassurant, parce que cela signifie que votre corps met les bouchées doubles pour se débarrasser de tout l’alcool que vous lui avez donné en apéro ! Et qui est-ce qui s’amuse à filtrer votre sang bourré d’éthanol pour en extraire les saletés ? C’est votre foie, ce champion. C’est la raison pour laquelle les gens qui boivent trop d’alcool risquent d’endommager leur foie ; quand celui-ci tourne à plein régime trop souvent, forcément, il a du mal à en sortir indemne. La vitesse de détoxification du sang par le foie varie en fonction du type d’alcool que vous avez bu, des éventuels mélanges (pas bien !) et de la présence ou non de nourriture dans votre organisme.

Votre bon foie fait donc de son mieux pour convertir et détoxifier l’alcool qu’il filtre en nutriments utiles à votre corps. Malheureusement, cela aboutit à la production d’acétaldéhyde… Il s’agit d’une molécule toxique que votre foie déteste et que votre cerveau aime encore moins ! Plus il y a d’alcool dans le sang, plus il y a d’acétaldéhyde produit. Et c’est à ce poison vinaigré que vous devez tous les symptômes de l’ivresse au réveil (et en fin de soirée) : migraines, nausées, vomissements… Tout est bon pour que le corps se débarrasse de ce truc tout en vous le faisant regretter !

L’éthanol détoxifié retourne ensuite dans la voie digestive et est redirigé vers les reins. Ces deux-là s’occupent de traiter tous les déchets liquides de votre corps en filtrant à leur tour votre sang. Il se peut aussi qu’ils capturent quelques molécules d’éthanol non traitées par le foie ; ils vont gentiment évacuer tout ça avec l’alcool détoxifié, ce qui va se finir en cessions toilettes récurrentes parce que votre vessie va être plein à craquer. Tant qu’il y aura des trucs à nettoyer, vous aurez irrésistiblement envie d’aller faire pipi !

Et histoire de vous forcer à aller aux toilettes pour évacuer le mal qui est en vous (vraiment, votre corps déteste l’éthanol et fera tout pour le mettre à la porte), tout ce que vous avez de liquide sera envoyé vers votre vessie. Remerciez aussi l’alcool pour cela : il bloque une hormone, appelée vasopressine, chargée d’empêcher vos reins de trop rejeter de liquides. Ils s’en donnent donc à cœur joie !

C’est pour cela que vous vous sentez toujours assoiffé, votre eau est employée dans l’unique but de vous faire uriner régulièrement. Mais vous avez soif, alors vous allez boire un petit verre de vin… Erreur, vous ne faites en réalité qu’empirer le problème ! L’alcool déshydrate, c’est notamment à cause de cela que vous avez mal aux cheveux le lendemain matin. Votre cerveau n’a pas spécialement apprécié qu’on le prive d’eau, vous voyez ? D’où l’importance de boire beaucoup d’eau avant d’aller vous coucher après une soirée arrosée !

  • Tout ceci est passionnant, mais pourquoi mon comportement est-il aussi étrange quand je suis ivre ?

Vos émotions et vos capacités motrices sont gérées par votre cerveau. Jusque là, j’imagine que je ne vous apprends rien ! Votre cerveau fait appel à des neurotransmetteurs. Il s’agit de molécules libérées par les neurones (en majorité) qui vont avoir un effet sur d’autres neurones ou d’autres cellules (les cellules musculaires par exemple). Les premiers verres d’alcool sont toujours très agréables parce que vous vous sentez euphorique. Ce n’est pas un hasard : l’éthanol entraine une réduction des inhibitions et permet une petite libération de dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir et à la récompense . Avec ça, il y a de quoi péter la forme et rire aux éclats !

Mais la dopamine n’est pas le seul neurotransmetteur avec lequel joue l’alcool. A mesure que vous continuez de boire, votre bouche devient pâteuse, vos réactions se font plus lentes et vous n’avez plus autant envie de rigoler. C’est le revers de la médaille, si je puis dire ! L’alcool augmente les effets d’un neurotransmetteur négatif dans le cerveau, le GABA (charmant acronyme pour le nom barbare de « Gamma-Aminobutyric Acid »). Sa spécialité ? Saper vos réponses motrices. Vous êtes du coup beaucoup moins réactif, on ne comprend rien à ce que vous racontez et vous vous déplacez comme une larve.

Le danger couve ! Le GABA endort complètement les zones de votre cerveau en charge de la répression du comportement. Une fois ivre, vous allez alors prendre des décisions débiles que vous n’auriez jamais prises en étant sobre parce que vous sauriez parfaitement à quel point c’est nul. Appeler votre ex par exemple… Très, très mauvaise idée quand vous êtes ivre !

  • Alors séduire en soirée, c’est un mauvais plan ?

Tout dépend de vos ambitions. Mais si vous ne vous souvenez pas de la personne le lendemain parce que votre GABA se sera bien moqué de vous, n’allez pas vous plaindre ! En vérité, l’alcool peut avoir deux effets : enflammer votre désir ou au contraire le réduire à néant. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Shakespeare : dans notre cas, l’alcool « provokes the desire, but … takes away the performance » (éveille le désir… mais emporte la performance).

Quoi qu’il en soit, d’un point de vue purement physiologique, l’alcool est mauvais pour vos affaires. Votre corps tourne au ralenti et après trois ou quatre verres, votre cerveau ne pourra pas le dompter comme vous le souhaiteriez ! Il est donc beaucoup plus difficile d’établir des rapprochements physiques dans ces conditions, si vous voyez ce que je veux dire. Sans compter que vous pouvez vous endormir d’un moment à l’autre… Pendant que votre organisme lutte avec acharnement afin de détoxifier votre sang, l’alcool exerce une pression terrible sur vos neurotransmetteurs. Votre rythme cardiaque s’en retrouve ralenti, votre respiration aussi et votre température corporelle diminue. Résultat : vous vous endormez. Et vous savez déjà ce que vous allez vivre en vous réveillant… Mais bon, ça ne vous empêchera pas de recommencer !


J’espère que vous avez apprécié ce petit voyage au cœur de votre organisme lorsqu’il est sous les effets de l’alcool. Évidemment, vous savez que cela est mauvais pour votre santé. Je ne pourrai donc que vous encourager à limiter votre consommation d’alcool. Mais bon, peut-être que tout cela n’est pas complètement de votre faute si vous avez envie d’un verre… Les scientifiques ont découvert il y a peu que l’envie de boire serait corrélée à la présence d’un gène donné, KLB. Figurez-vous que ce gène est exprimé chez 40% des individus… Que cela ne vous serve pas d’excuse pour remplir à nouveau votre verre !

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