Et si la maladie d’Alzheimer était transportée jusqu’au cerveau ?

Découverte en 1906 par Aloïs Alzheimer, la maladie d’Alzheimer est un trouble neuro-dégénératif entrainant une destruction progressive des neurones. Alors qu’elle fait toujours l’objet d’une grande incompréhension biologique, les études portant sur la caractérisation de cette maladie ne cessent de se multiplier et sont porteuses d’espoir. Scienti’Click vous propose aujourd’hui de faire le point sur les connaissances actuelles sur la maladie d’Alzheimer et sur une nouvelle découverte scientifique de taille.

 

  • Alzheimer ? Vous avez dit… Quoi, déjà ?

Nous connaissons tous quelqu’un qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Et pour cause : il s’agit de l’affection neuro-dégénérative la plus fréquente. En France, elle touche plus de 900 000 personnes… Et cela n’ira pas en s’arrangeant. D’ici 2020, 1,3 millions d’individus seront concernés. Les personnes âgées de plus de 65 ans sont les plus sensibles au développement de la maladie. Environ 15% des individus de plus de 85 ans sont atteints de la maladie d’Alzheimer… Il y a vraiment de quoi perdre la tête dans tous les sens du terme !

Ce que nous retenons surtout de cette triste maladie, c’est la perte de la mémoire. Mais ce n’est pas la seule conséquence : les patients souffrent aussi d’altérations de l’humeur, de l’appétit, du sommeil et perdent leurs repères spatio-temporels. Tout cela est du à la disparition progressive des neurones, les cellules qui constituent notre cerveau. Les neurones sont impliqués dans la transmission des messages électriques, ensuite exprimés par des gestes, des paroles ou des sensations. Cette perte est appelée démence dans le jargon médical. Il ne s’agit pas d’une quelconque folie (bien qu’on y pense souvent en songeant à Alzheimer), mais d’une altération de la mémoire et des capacités à développer des idées.

La maladie peut se développer plus ou moins vite chez les patients. Cela dépend en grande partie de la stimulation régulière du cerveau : jeux de mémoire, goût pour l’apprentissage de nouvelles choses, interactions sociales… Malheureusement, l’ensemble des troubles associés à la maladie d’Alzheimer ne sont pas réversibles et s’aggravent avec le temps.

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  • Pourquoi les neurones disparaissent-ils ?

Le processus pathologique à l’origine du développement de la maladie d’Alzheimer est caractérisée par l’apparition de lésions au niveau du système nerveux central. Qui dit lésions, dit trous. Et qui dit trous, dit absence de neurones… Ces lésions sont la conséquence de la présence anormale de deux protéines dans le cerveau :

  •  La protéine bêta-amyloïde, naturellement présente dans le cerveau, s’accumule à l’extérieur des neurones à mesure que la maladie progresse. Elle constitue ainsi des amas, très toxiques pour les neurones, que l’on appelle plus communément « plaques amyloïdes » ou « plaques séniles ».
  • La protéine Tau est un constituant du cytosquelette, c’est-à-dire de l’armature des cellules. Dans la maladie d’Alzheimer, cette protéine est mutée et engendre une déstructuration des neurones : c’est la dégénérescence neurofibrillaire, responsable de la mort des neurones.

Au début silencieuses, ces lésions envahissent peu à peu le cortex cérébral. Leur présence dans différentes régions du cerveau impacte alors les processus de mémoire, de mobilité, de langage, de gestion des émotions… Et tout cela est irréversible.

 

  • Finalement, tout se joue dans le cerveau ?

C’est l’hypothèse la plus commune. Mais de nouvelles études scientifiques se portent de plus en plus sur l’éventuelle implication d’autres organes dans le développement de la maladie. Par exemple, l’accumulation de certaines bactéries intestinales pourrait être à l’origine de la formation des plaques amyloïdes. C’est dans l’objectif d’étendre la compréhension des origines de la maladie d’Alzheimer qu’une équipe internationale de scientifiques s’est intéressée au rôle de la protéine beta-amyloïde dans l’apparition de la maladie.

La protéine beta-amyloïde est produite dans le cerveau mais également dans les tissus périphériques. Elle peut donc se retrouver dans le sang et la contribution de cette protéine dite circulante dans le développement de la maladie reste très largement incomprise. Pour mieux comprendre l’importance de la protéine beta-amyloïde produite en dehors du cerveau, les chercheurs ont utilisé deux populations de souris :

  • Un groupe de souris contrôles, parfaitement normales et saines ;
  • Un groupe de souris mutantes produisant la beta-amyloïde à un niveau très élevé.

Une souris saine a ensuite été liée à une souris mutante par une technique appelée parabiose. Il s’agit d’une opération chirurgicale permettant l’échange permanent de sang entre les deux animaux, sur une durée de deux mois à un an pour les besoins de l’étude.

Chez certaines souris saines, les chercheurs ont constaté un défaut d’activation des cellules cérébrales impliquées dans l’apprentissage et la mémoire, et ce dès 4 mois de parabiose. Les scientifiques expliquent ces résultats en raison de la présence de la protéine beta-amyloïde dans le sang des souris contrôles. En effet, le sang provenant des souris productrices de cette protéine circulant également dans les souris saines, la beta-amyloïde a été transportée jusqu’au cerveau des animaux contrôles.

Ces résultats surprenants signifient que la protéine beta-amyloïde accumulée dans le cerveau des individus atteints de la maladie d’Alzheimer ne provient pas uniquement du cerveau lui-même, mais qu’elle peut être produite dans d’autres organes puis acheminée jusqu’au système nerveux central. D’après les auteurs, la barrière hémato-encéphalique (qui sépare la circulation sanguine du système nerveux central) s’affaiblit avec l’âge. Cela serait donc propice à l’infiltration de la protéine beta-amyloïde dans le cerveau, qui s’accumulerait à celle naturellement produite au niveau du cortex cérébral.

Cette étude a été publiée dans la célèbre revue scientifique Nature et est accessible à tous les petits curieux ici.


Cette découverte pourrait marquer un tournant majeur dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer. Les auteurs de l’étude présentée dans cet article envisagent par exemple la mise au point d’un traitement basé sur la protéine beta-amyloïde circulante. En la marquant de façon spécifique, elle pourrait naturellement être éliminée par l’organisme. Une chose est sûre, cette maladie n’a pas encore terminé de nous révéler tous ses petits secrets… Alors n’hésitez pas à faire un don à la recherche pour accélérer les choses !

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