Quand une bactérie est à l’origine de la chute de l’empire Aztèque…

Alors, qui est le suivant ?

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Chaque année, certaines maladies se diffusent comme des trainées de poudre et infectent rapidement toute une population. C’est typiquement le cas de la grippe, bien connue pour ses épidémies saisonnières et sa potentielle gravité. Et même si celle-ci nous a enfin laissés en paix pour cette année, nous ne sommes jamais à l’abri d’une autre grosse épidémie ! Bill Gates lui-même s’en méfie… Comme quoi, même votre argent ne sera pas d’une grande aide ! Les épidémies ont à plusieurs reprises marqué l’histoire. La grippe espagnole par exemple, survenue entre 1918 et 1919, a fait plus de 50 millions de morts. Elle n’a pas fait autant de dégâts que la peste noire et ses quelques 34 millions de victime, mais il s’agirait quand même de la pandémie la plus mortelle de l’histoire en si peu de temps. Mais saviez-vous que des infections peuvent aussi être à l’origine de la disparition complète d’un peuple ou de la chute d’un empire ? Le peuple Aztèque en a fait les frais !

 

  • Qu’est-ce que l’empire aztèque, pour commencer ?

Si vous n’avez jamais entendu parler d’eux, croyez-moi, vous êtes passés à côté de quelque chose ! La civilisation aztèque a dominé le centre et le sud du Mexique du XIVème au XVIème siècle. On leur doit la sublime ville de Mexico, jadis appelée Tenochtitlan, créée en 1370. Les Aztèques sont en fait issus du peuple Toltèque dont la chute remonte au XIIème siècle. Tout comme leurs aïeuls, les Aztèques vénéraient le dieu serpent à plumes, Quetzalcoatl. Ils parlaient le nahuatl (tenez, la prononciation exacte est !), langue qui est d’ailleurs toujours d’actualité pour 1.6 millions d’individus au Mexique.

Les Aztèques étaient de charmants polythéistes, partageant leur amour entre Quetzalcoatl et Huitzilopochtli, dieu de la guerre (entre autres). C’est d’ailleurs sur une prophétie de ce dernier qu’ils ont établi leur capitale Tenochtitlan : le dieu leur aurait en effet commandé de migrer jusqu’à ce qu’ils voient un aigle perché sur un cactus, occupé à dévorer un serpent. Les Aztèques se considéraient comme élus du soleil ; selon eux, du sacrifice des dieux serait nés la lumière et l’astre du jour. C’est la raison pour laquelle ils étaient de fervents adeptes du sacrifice humain : offrir des cœurs au grand dieu de la guerre empêchait le retour des ténèbres. Mais ce n’est pas tout : les sacrifices humains tenaient aussi lieu de politique. Célébrer les moissons, appeler la pluie, établir une dominance sur les ennemis… Tout était bon pour faire griller quelques cœurs sur l’autel de pierre !

Cette pratique qui fut d’ailleurs une véritable institution a profondément choqué les conquistadores espagnols, fervents chrétiens. En même temps, on comprend bien pourquoi ! A l’époque de la domination Aztèque, la ville de Tenochtitlan était plus peuplée que Paris elle-même de nos jours. La magnificence des temples et des maisons n’a pas laissé les espagnols de marbre, à commencer par leur général Cortès. Pour lui, Tenochtitlan était la nouvelle Venise ! Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, l’empire Aztèque a signé la sienne en 1519, à l’arrivée des espagnols. Ceux-ci se sont fait un véritable devoir de mettre fin à l’horreur de ce culte païen ; les sacrifices humains, sacrés aux yeux des Aztèques, n’étaient que perversion diabolique pour les espagnols. Tout cela tombait à pic pour une évangélisation forcée !

  • ils n’ont même pas découpé quelques espagnols pour fêter ça ?

Non, du moins pas au début ! Parce que pour les Aztèques, les espagnols étaient des dieux. Au cours de leur histoire, les Aztèques ont assisté au départ de leur dieu, Quetzalcoatl. Celui-ci s’en allé par la mer en leur disant qu’il reviendrait un jour chargé de bonnes nouvelles pour son peuple. Lorsque les vaisseaux espagnols se sont profilés à l’horizon et que les Aztèques les ont vus, ils n’ont pas tout de suite compris de quoi il s’agissait… Puis, ils ont rencontré le général Cortès. Arrivé par la mer, grand et barbu, oui… Il s’agissait bien de Quetzalcoatl, enfin de retour avec de superbes navires et beaucoup d’amis !

Les Aztèques ont accueilli les espagnols à bras ouverts, ne lésinant pas sur les cadeaux et les largesses. Dans ces conditions, difficile de se sentir chassés ! Mais horrifiés par les pratiques jugées sataniques de ce peuple, les espagnols n’eurent bientôt plus qu’une idée : les convertir au christianisme (et, au passage, prélever leur trésor pour l’envoyer au roi d’Espagne). Cela ne s’est pas passé dans la douceur ; après de beaux massacres et des trahisons à la pelle, Cortès est finalement nommé gouverneur de la « Nouvelle Espagne » le 15 octobre 1522.

L’évangélisation ne fut pas le seul cadeau que les espagnols ramenèrent d’Europe. Le peuple Aztèque, jusqu’à présent isolé du reste du monde, n’avait pas encore fait la rencontre de certaines infections. Les espagnols, immunisés contre la variole et porteurs des stigmates de la maladie, transmirent le terrible virus aux indigènes. Une épidémie se déclara en octobre 1520 alors que la capitale aztèque était assiégée par les espagnols. Ce fut alors l’entrée facile pour les espagnols qui prirent le contrôle de Tenochtitlan.

Mais c’est autre chose qui pourrait avoir décimé le peuple Aztèque d’après de récentes études… J’ai nommé dame Salmonelle !

  • Ah bon ? Et d’où ça sort, cette idée saugrenue ?

Il y a quelques jours, une équipe de recherche allemande s’est aventurée dans les méandres des maladies du passé. L’analyse de dents (ou de ce qu’il en reste) d’individus enterrés à Mexico-Tenochtitlan dans les années 1540 a mis en évidence la présence d’une souche bactérienne vieille de 500 ans… Il s’agit d’une Salmonella enterica européenne, comme par hasard présente dans les tombes d’indigènes décédés au cours d’une violente épidémie ayant suivi la conquête espagnole ! En 1519, alors que le général Cortès arrive à Tenochtitlan, la population est estimée à 25 millions. Un siècle plus tard, après une conquête sanglante et de nombreuses épidémies, les Aztèques ne sont plus qu’un petit million… 80% de la population a été éradiquée durant les années 1540.

Il s’agit de la première étude établissant un lien génétique entre un pathogène et une épidémie massive survenue après la colonisation espagnole au Mexique. Les épidémies mortelles, les Aztèques les appellent cocoliztli : en nahuatl, cela signifie « pestilence ». Entre 1545 et 1576, deux grosses épidémies ont contribué à la disparition fulgurante d’un peuple jadis maître d’un pays entier. Avant cette étude, les scientifiques pensaient plutôt à une grosse fièvre hémorragique ajoutée à des épidémies de typhus, de rougeole et de variole. La magnitude de cette épidémie est estimée comparable à celle de peste noire qui a ravagée l’Europe au XIVème siècle !

C’est grâce à l’analyse de milliers de génomes que les scientifiques ont pu déterminer le type de pathogène retrouvé chez les individus décédés. La souche de Salmonella enterica ainsi identifiée, Paratyphi C, sévit encore de nos jours dans les pays en développement. 10 à 15% des individus infectés n’y survivent pas. Cependant, tout le monde n’acquiesce pas à cette hypothèse de bactérie tueuse. Pour certains chercheurs, le cocoliztli de 1540 aurait été provoqué par un virus et non par une bactérie, qui serait passé inaperçu au cours des analyses. Qui dit mieux ?

  • Comment cette bactérie aurait-elle ATTERRI chez les aztèques ?

Coup de chance pour l’équipe allemande, une étude appuyant leur raisonnement a été publiée quelques temps après la leur. Celle-ci en arrive à la conclusion qu’il est tout-à-fait possible qu’une bactérie européenne soit arrivée au Mexique. L’analyse de bactéries présentes chez une jeune femme enterrée dans les années 1200 en Norvège révèle la présence de Salmonella Paratyphi C… Ce qui signifie que cette souche circulait en Europe 300 ans avant la conquête espagnole !

Les deux bactéries -la norvégienne et la mexicaine- n’ont pas encore été comparées mais cela ne saurait tarder. Gageons que l’analyse d’autres génomes anciens en provenance d’Europe et du Mexique pourrait aider à y voir plus clair sur la façon dont une bactérie a pu faire le voyage jusqu’au Nouveau-Monde. Bien que cette seconde étude ne prouve pas que les européens aient propagé une telle maladie au sein du peuple aztèque, l’hypothèse est parfaitement envisageable. Un petit nombre d’individus peuvent effectivement porter Salmonella Paratyphi C sans en souffrir ; des espagnols infectés à leur insu auraient alors pu transmettre la bactérie aux Aztèques, provoquant une épidémie de haute envergure. D’autant plus que Salmonella Paratyphi C se transmet par les matières fécales ! La chute de l’empire Aztèque aurait pu entraîner de nombreux troubles aboutissant à de faibles conditions d’hygiène.

Il existe différents types de Salmonella. Ces bactéries sont à l’origines de maladies appelées « salmonelloses » associées à des symptômes semblables à ceux d’une gastro-entérite virulente : diarrhée, vomissements, fièvre, crampes… La salmonellose se soigne avec des antibiotiques mais à l’époque, il était plutôt difficile d’en réchapper ! D’autant plus que Salmonella Paratyphi C provoque une salmonellose associée à une fièvre paratyphoïde : insomnies, fatigue, perte d’appétit, migraines… Quel beau cadeau !


Vous l’aurez compris, la science d’aujourd’hui nous permet de remonter le temps et de mieux comprendre certains événements de l’histoire. Bien qu’il ne soit pas clairement prouvé que les Aztèques aient été assassinés par la salmonelle européenne, les études récentes que voici éclairent la situation d’une nouvelle façon. Gardons à l’esprit que les épidémies ont été nombreuses et qu’elles ne sont pas prêtes de disparaître, renforcée par la forte densité d’individus et une hygiène de vie précaire dans certaines zones. Espérons à présent qu’aucun pathogène malicieux n’aura dans l’idée de voir du pays, auquel cas nous aurions tous de beaux ennuis !

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