Comment le chat est-il devenu le maître du monde ?

Chaton trop mignon
Il est partout. Caché derrière votre canapé et prêt à vous transpercer la jambe lorsque vous vous lèverez pour aller chercher à boire. En embuscade sous la couette, avide de vous sauter sur le ventre. Planqué dans un carton (oui, celui dans lequel était emballé son jouet, vous voyez ?), ronronnant entre vos jambes… Et surtout, sur tous les écrans. Il n’y a pas à en douter, le chat a tout de même réussi à établir une domination sans précédent sur le monde. Comble du succès, il est même parvenu à amadouer le prédateur numéro un… A savoir l’Homme. Mais savez-vous comment cette petite boule de poils mi-câline mi-sadique a su mettre en place un tel règne ? La génétique vient à notre secours pour répondre à cette question !

 

  • Qui de l’Homme ou du chat a domestiqué l’autre ?

Tout le monde pense que le chat a été apprivoisé par les bons soins de l’Homme. Cette grande histoire de vie commune trouve ses racines dans la sédentarisation de nos ancêtres. Lorsque les principes de l’agriculture furent posés, un certain nombre d’animaux tentèrent d’en tirer profit. A commencer par les rongeurs, avides de petites graines craquantes sous la dent… Et devinez qui se régale d’une bonne fricassé de rat ? Bingo, le chat ! Par conséquent, l’agriculture a attiré des chats sauvages (Felis silvestris, s’il vous plaît) affamés et heureux de s’en mettre plein la panse. C’était plutôt pratique pour nos ancêtres humains : débarrassés des bestioles qui volaient leurs graines, ils ont vu l’arrivée des chats d’un très bon œil. Ce fut le début de la colonisation.

Étant naturellement une grande amoureuse des chats, je peux tout de même comprendre qu’on les déteste. Leur indépendance est source d’exaspération chronique, et que dire de leurs sautes d’humeur constantes ? Avouons tout de même qu’au cours de l’Histoire, ils ont été d’une aide sans pareille pour l’Homme. En éliminant les rats et les rongeurs variés, ils ont permis l’épanouissement de l’agriculture tout en limitant la propagation de maladies. Bref, ils ont réussi à entrer dans les bonnes grâces des bipèdes qui, en retour, les ont fidélisés en leur donnant davantage de nourriture et un coin auprès du feu. N’oublions pas non plus que le ronronnement du chat a pesé lourd dans la balance et l’a aidé à se faire bien voir. C’est quand même sympathique un truc doux qui fait des bruits mignons, non ?

L’établissement de cette amitié a été un tournant révolutionnaire dans la dissémination de ce félin à l’échelle mondiale. Et c’est là que nos amis les chats s’en frottent les coussinets : devenus les compagnons de chasse parfaits, ils ont naturellement été associés aux rêves de conquête des humains… Et ont ainsi été embarqués sur de grands navires d’exploration à destination d’autres continents. Belle manipulation tout de même, n’est-ce pas ? Le chat aurait-il utilisé l’Homme afin que celui-ci lui permette d’explorer de nouvelles terres ? Au fond, qui était vraiment Christophe Colomb ? Est-on sûr qu’il n’avait pas de griffes et d’yeux larmoyants ? Mmh-mmh.

  • D’où vient le chat, pour commencer ?

Si YouTube a grandement contribué à sa médiatisation, le chat n’a pas eu besoin de lui pour devenir la coqueluche de l’Homme. Originaire du Moyen-Orient, le chat a mis au point une stratégie évolutive terriblement efficace. Coloniser tous les continents et se diversifier, voilà qui permet à l’espèce de se diversifier d’un point de vue génétique. C’est un article publié dans la célèbre revue scientifique Nature en ce mois de Juin 2017 qui lève finalement une partie du voile dissimulant la manipulation féline. Une équipe de paléogénéticiens a travaillé durant plus de dix ans pour retracer la migration de nos amis à ronron. Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps ? Eh bien, parce que nous ne mangeons pas les chats.

Dans ces circonstances, difficile de trouver des restes de chat (des os, par exemple) exploitables comme c’est le cas pour les os de volailles, ramassés dans des tas de déchets datant de plusieurs siècles. L’autre souci, c’est que trouver des restes n’est pas forcément synonyme d’ADN. La vraie vie étant plus complexe qu’un épisode de NCIS, il faut souligner que les températures élevées et l’humidité ne sont pas franchement les meilleurs amis de notre code génétique. La majorité des dépouilles (ou plutôt des momies) de chat étant trouvées dans des tombaux égyptiens où la chaleur est étouffante, je vous laisse imaginer les difficultés rencontrées par les chercheurs. Mais finalement, ils ont quand même réussi à récupérer l’ADN de 209 chats. Les héros.

L’étude de ces ADN révèle que le chat moderne s’est développé dans deux régions principales. En Anatolie (qui compose 93% de la Turquie) pour commencer, mais aussi en Egypte. Grâce aux déplacements de l’Homme, les chats ont ensuite pu se déployer en Europe et dans le bassin méditerranéen. Évidemment, lorsqu’ils atteignaient de nouveaux lieux, les chats conquérants faisaient la rencontre des chats indigènes. Après échange de trophées et combats mortels à coups de griffes, la cohabitation a donné naissance à des croisements qui ont eux aussi voyagé grâce à l’Homme. C’est ainsi que s’explique la présence d’un chat vieux de 2 000 ans en Egypte dont l’ADN correspondait à celui d’un chat… Indien. Le coquin avait fait un petit voyage tranquille par bateau.

  • Les chats actuels ressemblent-ils à leurs ancêtres ?

D’un point de vue comportemental, oui, à n’en pas douter ! Voyez-vous, contrairement au chien ou à n’importe quel animal ayant pu améliorer sa survie grâce à l’intervention humain, le chat n’a pas besoin de nous pour chasser. Les chats ont appris à tolérer les humains parce qu’ils apprécient les gratte-gratte et la bonne nourriture et qu’ils ne disent pas non à un endroit chaud pour dormir. Mais si les humains venaient à disparaître… Les chats ne s’en formaliseraient probablement pas. Nous parlons ici d’une espèce en général et non d’un chat donné qui a tissé un lien affectif très fort avec son humain (je le tiens à le préciser). Physiquement, les chats n’ont pas non plus beaucoup évolué. Ils font toujours la même taille si on met de côté la sélection humaine pour une race donnée.

Ce qui a surtout changé, c’est la couleur de leur poils. D’après les scientifiques ayant réalisé l’étude qui nous intéresse aujourd’hui, le pelage tigré (appelé tabby) a émergé à partir d’une seule mutation dans un gène particulier nommé Taqpep. Ceci aurait eu lieu au Moyen-Âge et depuis, cette robe est l’une des plus représentées chez les chats. Et aussi l’une des plus populaires chez les bipèdes qui les caressent ! Les chercheurs n’ont pas poussé plus loin les analyses quant aux différentes couleur, mais qui sait… Peut-être que tous les chats ancestraux étaient noirs. Peut-être qu’ils nous considèrent aussi comme des malédictions, allez savoir.


Pour conclure, saluons le génie du chat. Il a tout de même réussi à affirmer sa présence sur l’ensemble des continents à l’exception de l’Antarctique. Nous sommes ravis d’avoir un compagnon poilu aussi mignon et drôle, mais n’oublions pas que cette colonisation n’a pas que du bon. Le chat représente une espèce invasive très dangereuse pour certaines espèces, en Australie par exemple. Malgré tout, nous les adorons (ou les détestons) quand même et leurs exploits nous font bien rire.

Pour les curieux, l’article source est ici : The palaeogenetics of cat dispersal in the ancien world.

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