Comment se transmet la couleur des yeux ?

Avouez-le, la question vous a déjà traversé l'esprit !

Couleur des yeux
Le regard en dit souvent long sur la personnalité des gens qui nous entourent. Mais surtout, il s’agit de la première chose qui nous attire chez quelqu’un… Mais ça, vous le saviez déjà probablement ! Comment expliquer qu’il existe autant de couleurs d’yeux différentes ? Pourquoi avez-vous les yeux bleus alors que votre frère les a marrons ? Pourquoi certains ont-ils deux iris de couleurs différentes ? Ah, tant de questions et de si belles réponses à la clé ! Croyez-moi, nous allons aujourd’hui lever le voile sur un mystère qui n’a de cesse d’intriguer. Mais je me dois de vous avertir : après cet article, vous souffrirez comme des damnés en regardant des films dans lesquels la génétique de la couleur des yeux n’est pas respectée… Oui, vraiment, je m’en arrache (trop souvent) les cheveux !

 

  • Pourquoi la couleur des yeux est-elle si variable ?

Tout d’abord, une petite explication sur la génétique. Votre ADN est réparti en 46 chromosomes associés en paires (ce qui nous fait donc… 23 paires, bravo, les calculs commencent !). Cela signifie qu’un gène donné -le gène « couleur des yeux », dans notre cas- est présent sur les deux chromosomes d’une même paire. C’est un peu comme une paire de chaussures, au final : vous avez deux jambes (la plupart du temps) et une chaussure à chaque pied, mais l’une ne va pas sans l’autre. Bien que vos chaussures soient identiques si vous êtes plutôt adepte d’un style passe-partout, les deux « morceaux » d’un gène donné peuvent être différents. On les appelle des allèles. Et, comble de la joie, deux allèles d’un même gène peuvent se faire la guerre et vouloir dominer l’autre !

Pour la couleur des yeux, l’allèle le plus fort est l’allèle marron. Ce coquin-là prend le pas sur toutes les autres couleurs d’yeux, ce qui explique la fréquence très élevée des yeux marrons chez les gens. Le bleu est dit récessif par rapport au marron et au vert ; si vous possédez un allèle bleu et un allèle marron, vous aurez les yeux marrons. Le vert, quant à lui, n’est pas géré par le même gène que le bleu et le marron. Cela signifie qu’au moins deux gènes sont impliqués dans la coloration des iris !

  • Comment déterminer mes allèles, alors ?

Si vous connaissez la couleur des yeux de vos grand-parents et de vos parents, vous pouvez avoir une idée assez juste des allèles que vous possédez. Et si vous avez des enfants, c’est encore mieux ! C’est ce que l’on appelle le génotype : l’ensemble des allèles qui composent votre patrimoine génétique et qui sont à l’origine de votre apparence, appelée phénotype.

Nous savons donc désormais que deux gènes sont impliqués dans la couleur des yeux. Pour des raisons de commodité, nous les nommerons gène 1 et gène 2. Chacun est constitué de deux allèles, ce qui fait donc un total de quatre allèles à assortir. Notons-les ainsi : M (marron), V (vert) et B (bleu). Le gène 1 peut posséder les allèles M et B. Le gène 2 possède quant à lui les allèles V et B.

En termes de dominance, cela donne : M > V > B (en même temps vous révisez les signes mathématiques). Pour que ce soit plus simple, nous allons considérer trois catégories d’yeux. Mais vous le savez aussi bien que moi, il y a énormément de variations : yeux bleu-gris, marrons clair, noirs… Le petit tableau ci-dessous donne les couleurs d’yeux en fonction des combinaisons d’allèles.

Gène 1 Gène 2 Couleur des yeux
MM BB Marron
MM VV Marron
MM BV Marron
MB BB Marron
MB VV Marron
MB BV Marron
BB BB Bleu
BB VV Vert
BB BV Vert

 

  • Mes parents sont-ils vraiment mes parents ?

Difficile à déterminer en se basant uniquement sur la couleur des yeux ! Mais si l’on considère que vous êtes composés à moitié de votre mère et à moitié de votre père (oh la jolie petite chimère que voilà !), il est possible de remonter à eux pour mieux comprendre vos yeux. En effet, pour un gène donné, l’un de vos allèles provient de votre père et le second provient de votre mère. Par exemple, si votre mère a les yeux marrons mais que vous avez les yeux bleus, elle vous aura obligatoirement transmis son allèle bleu, et non le marron qui domine sur le bleu. Cela veut aussi dire que l’un de vos grand-parents maternels possède forcément un allèle bleu, puisque votre mère en a hérité et qu’il est « caché » par le marron !

Afin que vous puissiez choisir votre partenaire de reproduction, le schéma ci-dessous vous fournit grosso modo les probabilités de couleur des yeux chez un enfant en fonction de ses parents, toutes associations d’allèles confondues. Si vous connaissez votre propre génotype, vous pourrez déterminer bien plus précisément ces probabilités. Bien entendu, cela se base sur ce que l’on appelle un concept mendélien selon lequel il existe des allèles dominants (le marron, par exemple), récessifs (le bleu ou le vert par rapport au marron) ou co-dominants (bleu + vert ?). Nous ne sommes pourtant jamais à l’abri d’une mutation génétique !

D’après ce schéma, il semble improbable que deux parents aux yeux verts ou bleus aient un enfant aux yeux marrons. C’est effectivement très (très) rare, mais cela est possible. Les mutations arrivent parfois !
  • Et toutes ces couleurs, elles sortent d’où ?

De la magie de l’évolution, la même que celle qui a permis l’apparition de multiples espèces sur Terre ! L’existence de ces différents allèles a beaucoup intrigué les chercheurs, il faut le dire. En 2008, une équipe scientifique du Danemark a mis en évidence l’origine de l’allèle bleu. Celui-ci résulte de la présence d’une mutation sur le chromosome 15, à proximité du gène OCA2 qui confère des yeux marrons. Ce gène correspond en fait au pigment qui colore l’iris : la mélanine. Oui, c’est exactement le même pigment qui colore la peau et les cheveux ! Cette mutation, survenue il y a environ 8 000 ans, agit comme un temporisateur de mélanine ; en gros, elle calme les ardeurs de la pigmentation qui est alors beaucoup moins forte et permet donc une coloration plus claire.

Comme nous en parlions plus haut, les couleurs des yeux ne sont pas fixées. Il existe des variations au sein d’une même « gamme » colorée. Ceci signifie que la quantité de mélanine est variable selon les individus. Mais chez les personnes qui ont les yeux bleus, les scientifiques ont pu mettre en évidence une très faible variation de mélanine… Ce qui suggère qu’ils possèdent tous exactement la même mutation au même endroit sur le chromosome 15. Et donc qu’ils descendent tous du même individu !

Notons aussi qu’il s’agit là d’une simple mutation qui ne confère pas de désavantage à l’individu. C’est juste évolutif, comme la couleur des cheveux ou la longueur des dents. Cela participe à la diversité des génotypes et donc des apparences. Par contre, si on désactive complètement le gène OCA2, un problème survient : il n’y a plus du tout de production de mélanine… Bonjour l’albinisme !

  • super tout ça, et les yeux vairons alors ?

Eh non, les yeux bicolores n’existent pas que chez les chiens ! Les humains peuvent aussi en faire les frais. C’est ce qu’on appelle l’hétérochromie. Celle-ci peut avoir lieu sur un seul œil ou sur les deux yeux. Cela signifie qu’un même iris peut avoir deux couleurs différentes, ce qui n’est pas rare. On observe moins souvent de véritables « yeux vairons », c’est-à-dire deux iris de couleurs différentes. Mila Kunis en est un bon exemple !

Dans la plupart des cas, il est facile de raisonner sur la couleur des yeux en utilisant les allèles et leurs rapports entre eux. Mais en biologie, l’évolution est associée à des mutations qui peuvent casser des codes. Il y a plusieurs cas d’hétérochromies, certaines sont héréditaires et d’autres acquises (à la suite d’accidents par exemple ou de bagarre, n’est-ce pas David Bowie !).

Pour faire simple, nous allons nous concentrer sur l’hétérochromie congénitale, donc portée par nos gènes. Il peut s’agir d’un héritage génétique qui aura simplement un impact phénotypique sans conséquence, ou bien l’hétérochromie peut être le symptôme d’une maladie comme dans le syndrome de Waardenburg. Dans ce cas-là, le risque de développement d’un glaucome (lésion du nerf oculaire suite à une augmentation très forte de pression) est très important. Mais avoir les yeux vairons n’est pas forcément signe qu’on est malade, hein !

  • hétérochromie congénitale, vous avez dit ?

Comme expliqué plus haut, le phénotype d’yeux « bicolores » peut être dû à la génétique. Mais l’hétérochromie n’est pas forcément héréditaire ! Cela n’est pas toujours visible car il peut ne s’agir que d’une toute petite tache marron sur un iris bleu, résultat d’une minuscule mutation génétique. L’hétérochromie plus poussée avec deux yeux différents ou bien un iris « coupé en deux » par deux couleurs, elle, est nettement moins courante.

Au niveau des iris, les cellules responsables de la production de mélanine sont appelées les mélanocytes. En fonction de la quantité de mélanine qu’elles expriment, ces cellules vont donner une couleur à l’iris. Au stade fœtal, les cellules doivent être redirigées vers le bon emplacement afin de « former » un fœtus correct. Les mélanocytes doivent donc migrer vers l’emplacement des yeux. Mais imaginez que cette redirection soit mauvaise ou que ces cellules soient endommagées… Il n’y aurait alors pas la même répartition des mélanocytes au niveau des deux yeux ou d’un seul œil, ce qui provoquerait une hétérochromie !

Il est aussi possible que l’hétérochromie résulte d’une chimérisation, c’est-à-dire de l’assemblage de deux organismes. Deux ovules fécondés peuvent fusionner pour donner un unique individu. Si chaque ovule fécondé possède des allèles différents pour la couleur des yeux, alors l’individu de fusion peut présenter deux couleurs d’iris différentes.

Une autre explication pour ce phénomène d’yeux vairons pourrait être le mosaïcisme. Il ne s’agit pas d’une décoration romaine, mais bien d’une mosaïque de cellules présentant différents génotypes au sein du même organe. Lors de la division cellulaire au stade fœtal, une mutation peut avoir lieu dans une cellule donnée. Si celle-ci se divise à son tour, elle va transmettre sa mutation à ses cellules-filles, et ainsi de suite. Il y aura alors apparition d’une population cellulaire subtilement différente, mélangée aux cellules « normales » ne présentant pas cette mutation. Si cette petite mutation a lieu au niveau d’un gène de coloration de l’iris, comme OCA2, il est possible d’avoir deux yeux de couleurs différentes ou bien des tâches de pigmentation sur un iris.


Pour conclure sur cet article, je tiens à préciser que la génétique est complexe. Il y a de nombreux gènes impliqués dans un phénotype donné. L’idée est que vous puissiez mieux comprendre l’héritage de la coloration des iris, mais il suffit de comparer deux paires d’yeux marrons ou verts pour constater qu’ils ne sont pas identiques ! Il y a donc d’autres gènes en jeu, des mutations évolutives, etc. N’hésitez pas à faire votre propre analyse ; vous connaissez la couleur des yeux de vos parents, de vos grands-parents, vous connaissez la vôtre… A vous d’essayer de déterminer votre génotype !

Si vous avez besoin d’un coup de main pour cela, n’hésitez pas à commenter. Avec un peu de patience, vous pourrez même faire toute la généalogie de votre famille en termes de couleur d’yeux !

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