Les femmes, de véritables moulins à parole ?

La science apporte (presque) des réponses !

4
Vous avez sans doute déjà entendu dire que les femmes parlaient trop, ou du moins beaucoup. Peut-être l’avez-vous déjà pensé par vous-mêmes. J’ai récemment reçu une demande amusante : pourquoi les femmes râlent-elles tout le temps ? Je n’apporterai évidemment pas de réponse à cette question, parce que j’estime que nous ne râlons pas. C’est juste qu’il faut parfois mettre le ton à nos propos pour qu’ils soient clairs, voilà tout. Plaisanteries à part, l’idée est intéressante ; il est vrai qu’en y réfléchissant, les femmes accordent une importance très particulière à la communication et à l’échange verbal. Loin de moi l’idée de vouloir entrer dans des considérations sexistes, mais la vérité est qu’il ne s’agit plus d’une simple impression. La science elle-même vient appuyer cette terrible vérité : nous parlons beaucoup plus que vous, messieurs. Pas convaincus ? Laissez parler la biologie, elle va tout vous expliquer !

 

  • Pourquoi les femmes parleraient-elles plus, d’abord ?

Un individu animé d’une fière volonté féministe répondrait sûrement que c’est indispensable pour se faire comprendre des hommes. Si l’on en croit les clichés, il faudrait tout répéter plusieurs fois à ces messieurs afin qu’ils intègrent une information donnée… Mais cela reste un cliché et nous n’allons pas y accorder de crédit ! En revanche, une théorie plutôt intéressante sur l’importance du langage chez la femme trouve ses racines dans la préhistoire. A l’époque, le rôle de l’homme était relativement séparé de celui de la femme. Tandis qu’ils allaient chasser et ramasser de quoi nourrir la tribu, les femmes restaient en communauté pour s’occuper des jeunes et de la grotte.

Avouons que c’est une vision très sexiste de la vie, mais il ne s’agit là que d’une théorie ! Du fait de leur situation, les femmes auraient alors été plus enclines à dialoguer avec leurs congénères. De leur côté, les chasseurs avaient tout intérêt à ne pas faire trop de bruit s’ils ne voulaient pas se faire bouffer !

Les femmes auraient donc toujours eu une sorte d’avantage sur les hommes en termes de communication. Le cerveau féminin posséderait, selon cette théorie, une plus grande aire du langage que le cerveau masculin. Selon certaines estimations, les femmes auraient ainsi 30 % de connexions neuronales supplémentaires dédiées au langage… Ce qui n’est pas négligeable ! Profitons-en d’ailleurs pour mettre le doigt sur ce qui a jadis agité la fierté du sexe mâle : s’il est vrai que le cerveau des hommes est plus gros que celui des femmes (environ 200 grammes de plus), aucune étude n’atteste à ce jour d’une quelconque différence d’intelligence. Il est important de le souligner, n’allez pas croire en des idéaux injustifiés !

  • Et la science, elle en dit quoi ?

Tout dépend de qui vous présente les données. S’il s’agit d’une femme, gageons qu’elle aura beaucoup plus de choses à vous raconter là-dessus qu’un homme… Des études récentes pointent effectivement du doigt l’incroyable différence en termes de mots prononcés chaque jour par les membres des deux sexes. En moyenne, une femme prononce 20 000 mots… C’est-à-dire 13 000 de plus que les hommes ! Évidemment, il s’agit-là d’une moyenne sur la population et non d’une généralité. Il apparaîtrait aussi que les petites filles apprennent à parler plus vite que les petits garçons, consacrant alors une plus grande partie de leur cerveau au langage. Et cela, la science peut commencer à l’expliquer (ouf, me direz-vous, on en arrive enfin au fait) !

Tout a commencé en 2001, lorsqu’une équipe anglaise a mis en évidence l’existence d’un gène, FOXP2, impliqué dans le développement du langage. Cette découverte fut publiée dans la revue Nature, le must de la science dont tous les chercheurs rêvent (c’est un peu notre Graal, vous voyez ?). La protéine produite à partir de ce gène se révèle alors absolument indispensable à l’établissement de la parole chez l’Homme, mais pas seulement. Les oiseaux et les autres mammifères en ont aussi besoin pour pouvoir communiquer et faire fonctionner leurs cordes vocales.

Plus récemment -en 2013, pour être exacte-, une équipe américaine a enfoncé le clou. C’est dans la revue Journal of Neuroscience qu’ils publient leur étude approfondie de la protéine FOXP2. Et la conclusion est plutôt simple à comprendre : les femmes posséderaient environ 30% de plus de FOXP2 que les hommes ! Pour en arriver là, les chercheurs se sont intéressés à des bébés rats. Oui, quel est le rapport, hein ? Nous y arrivons !

  • Les rats parlent autant que les femmes, c’est le message caché ?

Eh bien… Presque. Les chercheurs ont commencé par séparer des bébés rats âgés de 4 jours de leur mère pour les écouter couiner (c’est ça, le bruit du rat). Ils se sont alors aperçu que les mâles avaient tendance à émettre beaucoup plus de sons que les femelles. Et, comble du bonheur, ces petits rats bavards exprimaient beaucoup plus la protéine FOXP2 que leurs camarades femelles ! S’ils réduisaient l’expression de FOXP2 chez les mâles, les chercheurs observaient une réduction de leurs couinements. A l’inverse, les femelles pour lesquelles la stimulation de production de cette protéine avait lieu se manifestaient bien plus et attiraient l’attention de leur mère. Lorsque l’on sait que cette protéine est essentielle à la vocalisation, on en arrive rapidement à penser que sa présence est directement liée à l’activité de parlotte. Sauf que chez le rat, ce sont les mâles qui dominent la conversation…

Poussée par ce succès, l’équipe a alors analysé l’expression de cette protéine chez de jeunes enfants. Ils en sont arrivés à la conclusion que FOXP2 était bien plus présente chez les filles que chez les garçons, ce qui contribue à justifier (en partie) le bavardage moyen plus important des femmes ! Les fillettes possèdent une diversité du langage plus importante que les garçons au même âge. Mais cela ne veut pas pour autant dire que le mystère est levé ! Le fait est que cette étude a été réalisée sur un petit échantillon d’enfants, ce qui ne permet pas de faire de généralisation. Qui plus est, les résultats seraient-ils les mêmes chez des individus adultes ? Il s’agit à l’heure actuelle d’une piste à creuser, néanmoins intéressante et encourageante.


Cette étude est la première à mettre en évidence une différence sexuelle associée au langage. Cela pourrait suggérer que le sexe auraient une influence sur le comportement ou même l’organisation du cerveau. Mais cela reste vraiment à prendre avec des pincettes ! Si FOXP2 semble en effet surexprimée chez les filles, d’autres études concluent que la loquacité féminine n’est qu’une légende urbaine. Et que dire des hommes très bavards (oui, il en existe) ? Ont-ils aussi plus de FOXP2 ? Et les femmes peu enclines à discuter, alors, en ont-elles moins ? Tout cela reste à prouver. Mais la voie est désormais ouverte pour les recherches consacrées au développement du langage. Et puis, entre nous, vous pourrez toujours faire sensation lors d’un débat en parlant de cette étude (surtout pour vous justifier si vous monopolisez la conversation) !

4 commentaires
  1. Near dit

    Re-bonjour !

    Fier de ma lecture -oui je suis (un peu) macho sur les bords- j’ai exposé cette thèse à quelques amies. Et, aussi bizarre que ça puisse paraitre, elles m’ont ri au nez. Pourtant elles sont particulièrement loquaces. Pour ce genre de sujet un petit peu houleux j’accorde toujours plus de credit aux études sociologiques qui pour le coup prennent la valeur « d’expériences ». En dernier recours se rabattre sur un argument scientifique fait toujours mouche, parce qu’on ne peut pas contredire la science. Mais le sujet reste trop sensible pour qu’il y ai un débat ouvert. Elles ne faisaient que rire et couiner (ce qui en soit confortait ma thèse). Comme si admettre qu’un sexe est différent de l’autre était une fatalité.

    Voilà c’était un petit songe que je laisse là comme ça.

    🙂 🙂

    1. Peeweepox dit

      Merci en tout cas de ton partage, c’est toujours intéressant d’avoir des opinions extérieures (et je suis plutôt contente de savoir que mes articles font parler d’eux).
      En soi, il ne s’agit là que d’une étude qui, comme je le disais à la fin de l’article, reste critiquable sur plusieurs aspects : pas assez de sujets étudiés et, qui plus est, des enfants. Mais il existe de réelles différences non visibles entre les sexes, et cela les femmes (et les hommes) ne peuvent pas le nier ! Ne serait-ce qu’au niveau de la production d’hormones, par exemple. Hommes et femmes n’expriment pas leurs gènes de la même façon, tout comme deux hommes ou deux femmes comparés entre eux. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour d’autres choses ? En l’état, j’ai trouvé la « découverte » amusante et effectivement sujette à débat, ce qui est aussi l’intérêt de ce site. Libre à chacun d’y accorder un quelconque crédit !
      Après, il est vrai que de nos jours tout peut être qualifié de sexisme dès qu’il s’agit de mettre le doigt sur une « différence »… Mais on est tous bien contents au fond de nous extraire du lot lorsqu’on le peut !

      1. Near dit

        C’est tout là le problème de la socio, quand est ce qu’on peut considérer l’étude efficace ?

        Un mathématicien aurait tendance à dire, pour un nombre infini de personnes. Evidement, c’est n’est pas chose possible. Et, même si on parvenait à mettre un compteur à parole sur chaque être humain. Des personnes de mauvaise foi -ou juste particulièrement bornées- diront « mais y’a toujours des filles moins bavardes et des mecs qui parlent beaucoup plus ». En effet, mais c’est pas pour rien qu’on appelle ça une moyenne. Les valeurs d’intérêt sont pas les extrêmes mais bien l’écart type, et la valeur de la moyenne.

        Après dans la réalité, si l’étude comporte plus de quelques centaines de personnes elle est déjà considérée comme solide. C’est moins efficace, mais c’est déjà un indicateur.

        Je sais pas trop où me positionner, j’aime bien quand les filles parlent en fait.

        🙂 🙂

        1. Peeweepox dit

          En socio pure je ne sais pas. Mais en biologie, la taille de l’effectif dépend de ce que tu veux observer et des tests statistiques derrière… Surtout lorsqu’il s’agit d’individus, souris ou humains. Là comme ça, je ne saurai pas te répondre. Mais personnellement pour avoir toute foi en cette étude de FOXP2, j’apprécierai qu’une autre équipe confirme les résultats en utilisant d’autres individus. D’une part pour éviter les biais internes à un labo (ça existe, d’où l’importance de la reproductibilité) et d’autre part pour élargir l’échantillonnage. Plus la différence à observer est faible, plus tu as besoin d’échantillons, en fait. Là il s’agit de 30%, mais qui dit que si on n’augmente pas le nombre de sujets étudiés, on ne tomberait pas à 10% voire à 5% ? Ça dépend pas mal aussi des gens qui reviewent ton travail et de leurs exigences, donc c’est finalement plutôt subjectif… Là, ils ont étudié 5 filles et 5 garçons, ce qui est quand même assez peu (mais déjà bien si considère aussi la difficulté d’obtention des échantillons) !

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.