La greffe de tête, un nouvel exploit scientifique ?

Cerveau lumineux dans une ampoule
D’accord, le titre de cet article fait un peu froid dans le dos. Mais il est en réalité tout-à-fait sérieux ! Figurez-vous que la première transplantation de tête humaine a été réalisée avec succès il y a quelques jours… Assurément, cela vous intrigue et vous dégoûte à la fois. Mais la science ne cesse jamais de faire des progrès, paraît-il… Il y a de quoi perdre la tête (et pas question qu’on la greffe ailleurs) !

 

  • Qu’est-ce que c’est que cette folle histoire ?
C’est promis, il ne s’agit pas d’un fake ou d’une blague d’Halloween en retard. Le 17 Novembre 2017, le neurochirurgien italien Sergio Canavero a déclaré avoir réalisée la première greffe de tête humaine lors d’une conférence de presse. Cette opération, longue de 18 heures, a été rondement menée en Chine par l’équipe de Xiaoping Ren et de Sergio Canavero. Nous aurons beau toujours nous étonner de la créativité des chinois, il faut quand même avouer qu’ils ont une sacrée longueur d’avance à chaque fois…
Évidemment, cette délicate opération n’a pas été réalisée sur des sujets humains vivants. Pour la première fois au monde, la tête entière d’un donneur décédé à été greffée au corps d’un second donneur (tout aussi décédé, rassurez-vous). Les pointilleux ne parlerons pas de greffe de tête mais d’anastomose cephalosomatique, terme à peine indigeste mais tout aussi parlant. A bien y réfléchir, peut-on d’ailleurs vraiment parler de greffe de tête… Ou s’agit-il plutôt d’une greffe de corps ? Laissons le soin aux philosophes d’en débattre et concentrons-nous sur la science à l’origine de cette étrange idée.

  • Pourquoi vouloir faire une greffe de tête, déjà ?

Figurez-vous qu’il ne s’agit pas là d’une pure excentricité. Bien que cette opération ait été réalisée sur des cadavres (employons les bons mots), le but était surtout de s’entraîner avant de faire la même chose sur des gens vivants. D’après l’équipe de Sergio Canavero, la greffe de tête est la seule solution thérapeutique pour certaines maladies. Citons par exemple la myopathie de Duchenne, pour laquelle les malades pourraient avoir droit à une seconde chance grâce à un nouveau corps.

KEZAKO ? La myopathie de Duchenne, aussi appelée dystrophie musculaire de Duchenne, est une maladie génétique entrainant la dégénérescence progressive de tous les muscles de l’organisme. Il s’agit d’une maladie liée au chromosome X, comme l’hémophilie, ce qui explique pourquoi 99.9% des malades sont des hommes.

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Ce type d’opération avait déjà été réalisé par Sergio Canavero sur un singe. Et même sur un rat. A l’époque, le pauvre singe n’avait pas survécu longtemps et était complètement paralysé, faut d’une reconnexion correcte de la moelle épinière. A présent, les scientifiques se disent prêts à effectuer cette reconnexion… Sur des sujets humains bien vivants.

Cette greffe de tête a donc été permise grâce à la décapitation simultanée de deux cadavres. Reconnecter un corps avec une tête n’a pas été de tout repos. Il a en effet fallu suturer la totalité des nerfs et des vaisseaux sanguins, sans compter la stabilisation de la tête afin que la moelle épinière puisse être reconnectée… Bref, une sacrée histoire que tout cela.

  • A quand un test sur des gens vivants ?

Pas à demain, en tout cas. Et c’est peut-être tant mieux. D’après l’équipe de scientifiques, cette greffe de tête aurait été bien plus difficile sur un corps vivant en raison de la présence de sang. Eh oui, pour rappel, les cadavres ne saignent pas ! Et puisqu’ils ne parlent pas non plus, il est difficile de savoir si l’opération a fonctionné ou non…

Mais c’est là que les questions se posent. Franchement, peut-on vraiment greffer une tête vivante sur un autre corps ? Éthiquement, cela ne pose-t-il de problème à personne ? D’autant plus qu’actuellement, aucune preuve ne vient appuyer le fait qu’une reconnexion de moelle épinière soit possible. Cela reviendrait finalement à créer un être humain handicapé, complètement tétraplégique, et condamné à vie à prendre des médicaments pour lutter contre le rejet de greffe…

KEZAKO ? Toutes les greffes d’organe sont soumises à la même complication, à savoir celle du rejet. L’organisme receveur étant en effet différent de celui dont provient l’organe, le système immunitaire du patient greffé va chercher à combattre ce qu’il estime être « un corps étranger ». Il va donc mettre en place une réaction immunitaire forte comme il pourrait le faire face à un virus ou à une bactérie. Les patients greffés doivent donc prendre des médicaments, appelés immuno-suppresseurs, afin d’empêcher la réaction immunitaire de leur corps à l’encontre du greffon.

Il semble donc peu probable qu’une telle chirurgie améliore la vie d’un patient. Mais l’équipe n’abandonne pas et vise une nouvelle étape : réaliser une greffe de tête à partir de deux corps en mort cérébrale mais dont le cœur bat toujours. Gloups.


La science ne s’arrête décidément pas. Il y aura toujours de nouvelles pistes à explorer afin de repousser les limites. Mais peut-on vraiment parler d’une réussite ? Une expérience réalisée sur des corps sans vie peut-elle être considérée comme une victoire ? Pas sûr, pas sûr.

 

Sources
Dystrophie musculaire de Duchenne (AFM Téléthon) – consulté le 22 novembre 2017
Nous avons réalisé la première transplantation de tête humaine (Sciences & Avenir) – consulté le 22 novembre 2017

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