A quoi sert la vaccination, exactement ?

(à part à faire mal ?)

Si vous avez du mal à supporter la vue d’une seringue, il est compréhensible que la vaccination vous fasse un peu flipper. Mais vous n’êtes pas les seuls ! Les prises de sang ne sont pas super sympas dans le genre non plus. Et pourtant, un vaccin peut sauver la vie, la vôtre et celle de vos proches… Je vous l’assure ! Il est indéniable que depuis quelques années, la vaccination n’est pas populaire en France. Mais est-il vraiment justifié de boycotter les vaccins ? Parce que bon, s’ils existent à la base, ce n’est pas pour faire figuration. Ils ont vraiment une utilité et on fait leurs preuves. Alors d’où vient cette peur virulente qui fait de la vaccination la bête noire des petits et des grands ? Les réponses et plus encore dans la suite de cet article !

 

  • C’est quoi un vaccin ?

Dommage pour vous, il ne s’agit pas (encore) d’une injection qui transforme en super-héros. En fait, un vaccin est une sorte de cocktail que l’on vous injecte afin de vous protéger d’une maladie d’origine infectieuse. Ça, c’est pour ce que l’on appelle une « vaccination préventive » : le vaccin stimule votre système immunitaire pour vous empêcher de tomber malade si votre route croise celle d’un pathogène pas sympa. La vaccination peut aussi être thérapeutique. Dans ce cas-là, elle ne vous empêchera pas d’être malade mais vous aidera à combattre une maladie déjà en cours !

Si un vaccin vous protège d’une maladie et qu’il a donc un bénéfice personnel, il est aussi très important au sein des communautés. Si plusieurs personnes sont vaccinées, le risque de développement d’une maladie et de sa propagation est alors limité ! D’après l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), 2 millions de personnes sont chaque année sauvées grâce à la vaccination. Mieux encore, les campagnes vaccinales ont permis d’éradiquer ou de faire considérablement diminuer le nombre de cas pour certaines maladies. La variole, par exemple, a pu être rayée de la carte.

Mais de nos jours, quelques infections tendent à refaire surface… Parce que ce qu’on appelle la « couverture vaccinale » diminue. Cela signifie que de moins en moins de gens se font vacciner. Or, pour éviter la dissémination d’une maladie, il est important qu’un maximum d’individus soient protégés ; c’est ça, le principe de couverture vaccinale. Prenez la rougeole : entre 1999 et 2003, le nombre de cas a diminué d’environ 40%. Mais depuis entre 2008 et 2013, elle a refait surface en Europe… Et dans l’Est de la France. Tout ça parce que les gens ne se font plus vacciner !

  • comment fonctionne la vaccination préventive ?

Le but n’est pas de vous tuer ou de vous faire peur, mais bien de vous protéger ! La vaccination consiste, comme dit plus haut, à vous injecter quelque chose qui vous rendra résistant à une infection. Ce quelque chose, eh bien… C’est l’agent infectieux lui-même ou l’un de ses composants. Mais attention ! N’allez pas virer paranoïaques, cela ne va pas vous rendre malade (ou bien ce sera très passager, ça dépend de votre corps). L’agent infectieux qui vous est injecté est très (très) faible, voire carrément mort. Il ne peut donc pas déclencher la maladie qu’il provoquerait en temps normal !

L’idée est de préparer votre corps, en fait. En utilisant un vaccin, on vous « présente » le fauteur de troubles. Mais il n’est pas libre et ne peut donc pas vous faire de mal. Simplement, vos cellules vont le rencontrer et le repérer ; si elles le croisent plus tard et que cette fois, il est totalement infectieux, elles vont être capables de réagir très vite et de le réduire à néant avant qu’il ne vous rende malade.

C’est ça, la vaccination : former vos cellules immunitaires à l’attaque. L’injection d’un vaccin va entraîner la création d’une véritable armée de cellules, un commando spécialisé qui va se balader en vous et traquer un virus ou une bactérie précise. C’est un peu comme les chiens renifleurs : ils sont formés pour détecter de la drogue ou des explosifs et s’ils en trouvent, ils alertent directement tout le monde pour qu’un système défensif soit mis en place rapidement et efficacement.

Si vous n’êtes pas vaccinés, votre corps va mettre du temps à réagir face à un agent infectieux. Le temps que l’armée se mette en place et qu’elle commence à dégommer le coupable, vous allez pâtir de l’infection et être malades… Voire mourir, dans les cas les plus graves. Une petite piqûre n’est rien en comparaison et peut carrément vous sauver la peau !

  • Alors comme ça, on nous injecte le truc qui nous rend malade… pour nous protéger ?

En effet, mais au risque de radoter, ce « truc » est inoffensif lorsqu’on vous l’injecte. Ceci est indispensable pour former une armée de cellules efficaces ; c’est bien plus facile de traquer un criminel quand on connaît sa tête, non ? Les portraits-robots en sont la preuve dans les affaires policières ! Un vaccin peut être constitué de différentes « formes » de pathogène, ce qui donne naissance à différents types de vaccins.

Les vaccins vivants (aussi appelés vaccins atténués) contiennent le pathogène entier mais dont le pouvoir infectieux a été monstrueusement réduit. En gros, on vous injecte un agent handicapé qui ne peut pas faire grand chose à part se balader en vous et être pris en chasse par vos cellules tueuses. Les vaccins contre la varicelle, la tuberculose (BCG) ou encore le fameux trio ROR (rougeole-oreillons-rubéole) sont des vaccins vivants. Ils déclenchent une excellente réponse immunitaire, très efficace et durable après une ou deux injections. Mais comme le pathogène n’est pas complètement K.O, il y a toujours un petit risque de déclencher une infection qui sera très rapidement contrôlée, aussi légère soit-elle. Ce type de vaccin est donc à pratiquer sur des gens en bonne santé qui pourront pleinement se défendre si le pathogène provoque une petite infection.

Les vaccins inactivés comme celui contre la poliomyélite sont mis au point à partir de pathogènes entiers morts. Ils ne présentent donc absolument aucun risque d’infection ! En contrepartie, ils entraînent souvent l’apparition d’effets secondaires bénins : douleur, rougeur ou gonflement à l’endroit où le vaccin a été fait… Il n’est pas rare d’avoir un peu de fièvre après un vaccin de ce type, et pourtant vous n’en mourrez pas !

Les vaccins sous-unitaires sont composés de fragments purifiés du pathogène contre lequel on veut vous protéger. Ces morceaux sont suffisants pour que les cellules de votre organisme puissent reconnaître ultérieurement le pathogène entier. Ces vaccins-là ne présentent aucun risque infectieux et sont souvent mieux tolérés que les vaccins inactivés. Par contre, ils déclenchent une réponse immunitaire moins puissante… C’est pour cela qu’il faut souvent plusieurs injections et des rappels pour être bien protégé. Citons par exemple les vaccins contre le tétanos, la coqueluche ou encore la diphtérie !

D’autres vaccins sont quant à eux produits par « génie génétique« . Ils ne proviennent pas directement du pathogène lui-même ou de l’un de ses morceaux qui aurait été isolé et purifié. Pour les produire, les scientifiques utilisent des gènes du pathogène ciblé qu’ils font exprimer dans des cellules en culture (c’est le fameux « in vitro« ) !

  • j’ai entendu parler d’adjuvants un jour… c’est quoi ?

Pour bien comprendre le rôle d’un adjuvant, un petit topo sur le système immunitaire s’impose. Votre corps est capable de déclencher deux types de réponses immunitaires suite à une infection. La première est dite « innée » : elle est super rapide mais pas du tout spécifique de l’agent infectieux. La deuxième est dite « adaptative ». Elle se met en place grâce à la réponse immunitaire innée et, pour le coup, est complètement spécifique au pathogène en question. Si vous avez bien suivi cet article, vous aurez donc compris qu’un vaccin induit une… Réponse adaptative, bingo !

La réponse adaptative permet en effet de créer une « mémoire » de l’infection. Vos cellules patrouilleuses se souviendront avoir déjà croisé l’agent infectieux et pourront alors envoyer l’artillerie lourde constituée de cellules tueuses avides de combat. Le problème, c’est que la réponse adaptative ne peut se mettre en place que s’il y a eu une bonne réponse innée avant. La question ne se pose pas avec les vaccins vivants : puisqu’il s’agit d’un pathogène entier et non mort, la réponse innée sera efficace et rapide. Mais dans le cas des vaccins inactivés ou sous-unitaires, la réponse innée a du mal à se lancer avec la seule présence d’un agent infectieux mort ou découpé en morceaux. On ajoute donc des adjuvants à ces deux types de vaccins, qui vont stimuler la réponse innée et permettre l’établissement d’une bonne réponse adaptative !

Les adjuvants (majoritairement des sels d’aluminium) permettent aussi de diminuer le nombre d’injections nécessaires à une bonne protection. En France, il existe 30 vaccins contenant des adjuvants et 26 qui s’en passent.

  • peut-on combiner plusieurs vaccins ?

C’est possible oui ! C’est plus sympa d’avoir une seule piqûre que deux ou trois, non ? Prenez l’exemple du vaccin ROR. En une seule injection, vous êtes protégés contre 3 maladies différentes. C’est ce qu’on appelle un vaccin combiné, franchement pratique comme système !

A côté de cela, il existe ce qu’on appelle des vaccins monovalents ou polyvalents. Les monovalents comme le vaccin contre l’hépatite B vous protègent d’un unique pathogène. Les polyvalents comme celui contre les papillomavirus vous protègent de plusieurs sous-type d’un pathogène donné. Je vous jure, on n’arrête pas le progrès !

Je vais profiter de ce moment pour dire quelques mots sur le vaccin contre la grippe, bien que l’épidémie de cette année soit sur le déclin. Vous le savez, ce vaccin change chaque année. Cela est du au fait que le virus de la grippe (Influenza, de son doux nom) n’est pas le même d’une épidémie à l’autre ! Il en existe des dizaines de sous-types, ce qui signifie que plusieurs souches virales différentes circulent en permanence. Chaque année, les scientifiques étudient quelles sont les souches prédominantes. Ils établissent donc un vaccin en fonction de celles-ci, raison pour laquelle le vaccin est à renouveler chaque année ! Mais comme les chercheurs ne sont pas non plus des devins, il arrive qu’une souche virale de grippe imprévue se joigne à la fête. C’est pour cela que le vaccin peut s’avérer moins efficace certaines années !

  • C’est joli tout ça mais on m’a dit que les vaccins sont mauvais pour la santé et DANGEREUX pour nous…

Malheureusement, il est vrai la vaccination engendre de plus en plus de réticences ! En 2010, seuls 61% des français pensaient de bonnes choses des vaccins. En 2005, ils étaient 90% ! La confiance revient peu à peu cependant, mais ce n’est pas facile. Pourquoi la peur grandit-elle ainsi, me demanderez-vous ? Les causes sont multiples. Ayant réalisé des études de virologie, je puis vous dire clairement que je suis complètement pour les vaccins. Le problème, c’est que les gens qui ne sont pas « dans le domaine » sont très mal informés… Et que ceux qui sont dedans prônent le libre-arbitre et comptent un peu sur les autres pour se faire vacciner à leur place !

Vous l’avez sûrement déjà remarqué : il est terriblement facile aujourd’hui de répandre de fausses informations. Les médias, les réseaux sociaux, tous participent à l’amplification d’un sale effet de masse. Il suffit qu’une ou deux personnes influentes critiquent quelque chose pour qu’une haine mondiale se développe ! Il en va de même avec les vaccins. Le bouche-à-oreille fait des merveilles dans l’art de la désinformation. Il est aussi facile de se dire que si votre voisin se fait vacciner, vous n’avez pas besoin de le faire parce qu’il ne pourra pas vous refiler une infection. C’est tout de suite ennuyeux quand votre voisin pense la même chose et qu’il refuse donc la vaccination en se disant que c’est à vous d’avoir la piqûre… Vous me suivez ?

La peur du vaccin a surtout été amplifiée par la polémique anti-vaccin contre l’hépatite B, il y a environ vingt ans. Le vaccin était alors accusé du développement de la sclérose en plaque chez les sujets ayant reçu une injection. Je ne vais pas rentrer dans le détail de l’histoire qui est très bien documentée ici, mais le fait est que la violence médiatique déchaînée à cette période a clairement nui à l’image de la vaccination. En 2015, après 17 ans d’enquête et une étude scientifique publiée en 2004 par des américains qui laissait suggérer un lien entre vaccination et sclérose en plaque, le parquet de Paris a établi un non-lieu dans l’enquête du vaccin anti-hépatite B. Aucun lien n’a jamais pu être établi entre la vaccination et le développement de la sclérose en plaque !

Le vaccin ROR a lui aussi éveillé la méfiance. En 1998, une étude affirme que l’utilisation de ce vaccin favorise l’autisme…Or tout cela n’était que mensonge ! Les données scientifiques avaient en effet été manipulées et truquées ! En 2015, il a été confirmé l’absence totale de lien entre vaccin ROR et autisme. De nos jours, le vaccin Gardasil anti-Papillomavirus fait à son tour polémique… Mais il n’y a pas non plus de preuve que ce vaccin soit à l’origine du déclenchement de maladies auto-immunes !

Le problème concerne surtout l’âge auquel certaines vaccinations sont faites. Les maladies auto-immunes se développent en effet à l’adolescence. Vacciner des individus à cette période, comme c’est le cas pour les vaccins prévenant le cancer du col de l’utérus ou comme ce le fut au début de la vaccination anti-hépatite B, engendre beaucoup de confusion quant à l’apparition de ces maladies. Comment savoir si l’individu n’aurait pas développé une maladie même sans avoir reçu de vaccin ? C’est impossible, mais le vaccin fait un parfait bouc émissaire !


Il y aurait encore des tonnes de choses à dire à propos de la vaccination. Une chose est sûre cependant : le développement des vaccins a de beaux jours devant lui malgré la peur et les débats injustifiés. Beaucoup de maladies comme la dengue ou le chikungunya attendent encore leur vaccin, et que dire du VIH ? Si je puis vous donner un conseil, le voici : n’allez pas croire aveuglément ce que l’on vous raconte, que ce soit vos parents, vos professeurs ou même votre médecin traitant. Demandez, exigez des preuves. Adoptez la philosophie de Saint Thomas qui ne croit que ce qu’il voit. Parce qu’à l’heure actuelle, il n’y a rien à voir… Et les bénéfices de la vaccination sont monstrueux comparés aux potentiels risques !

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